samedi , 27 juin 2026

Le recours massif aux binationaux formés à l’étranger : une politique d’échec pour le football tunisien

Depuis plus d’une décennie, la Fédération tunisienne a fait le choix de s’appuyer massivement sur les joueurs binationaux formés à l’étranger, notamment au sein des sélections de jeunes. Cette stratégie est souvent présentée comme une ouverture sur le football moderne ou comme un moyen d’élever le niveau des équipes nationales. En réalité, elle traduit surtout un renoncement à la mission première d’une fédération : développer le football de son propre pays.

Former des joueurs est un travail long, difficile et coûteux. Il faut investir dans les centres de formation, accompagner les clubs, améliorer les compétitions de jeunes, former les éducateurs, moderniser les infrastructures et mettre en place une véritable politique de détection des talents. C’est précisément ce rôle qu’une fédération est censée assumer.

Au lieu de relever ce défi, la Fédération tunisienne a choisi la solution la plus simple : aller chercher à l’étranger des joueurs déjà formés par les centres de formation français, allemands, belges ou néerlandais.

Le problème n’est pas l’origine de ces joueurs. La Tunisie a toujours bénéficié de l’apport de plusieurs binationaux qui ont marqué l’histoire de la sélection. Le véritable problème est le niveau d’exigence.

Au fil des années, des centaines de joueurs binationaux sont passés par les équipes nationales U17, U20 ou U23. Pourtant, combien ont réellement confirmé les espoirs placés en eux ? Combien se sont imposés durablement en équipe nationale A ? Combien sont devenus titulaires dans des clubs européens de premier ou de deuxième rang ?

La réponse est malheureusement très faible.

La plupart de ces joueurs n’ont jamais réussi à s’imposer, ni avec leur club, ni avec la sélection. Beaucoup ne jouent même pas régulièrement dans leurs équipes, évoluent dans des championnats secondaires ou disparaissent rapidement des radars.

Cette politique a également un coût souvent ignoré.

Chaque place offerte à un joueur qui n’a encore rien prouvé est une place retirée à un jeune formé en Tunisie. Chaque sélection, chaque rassemblement et chaque minute de jeu représentent une opportunité de développement. Lorsqu’elles sont accordées à des joueurs dont le potentiel reste très hypothétique, ce sont les centres de formation tunisiens qui sont découragés.

Le message envoyé est préoccupant : peu importe les performances réalisées chaque semaine dans le championnat tunisien, il suffirait parfois d’avoir été formé dans un centre européen pour être considéré comme prioritaire.

Or, être formé dans un grand pays de football ne garantit absolument pas un niveau élevé. Les meilleurs centres de formation produisent chaque année des centaines de joueurs, mais seule une infime minorité atteint le très haut niveau. Beaucoup terminent leur parcours dans les divisions inférieures ou dans des championnats modestes.

C’est pourquoi le simple fait d’avoir été formé en Europe ne devrait jamais constituer un critère de sélection.

La sélection nationale ne doit pas être un laboratoire destiné à tester des joueurs qui n’ont pas encore convaincu leur propre club.

Une autre approche paraît beaucoup plus logique.

Les équipes de jeunes devraient être construites principalement autour des meilleurs joueurs évoluant dans le championnat tunisien. L’objectif serait de développer les talents locaux, d’améliorer leur niveau et de renforcer progressivement la qualité de la formation nationale.

Quant aux joueurs binationaux, leur intégration devrait répondre à un critère clair et objectif : avoir déjà démontré leur valeur au plus haut niveau. Un joueur titulaire dans un club compétitif d’un championnat européen majeur ou de deuxième niveau apporte une réelle plus-value. Dans ce cas, son recrutement est parfaitement justifié.

En revanche, un joueur qui ne joue pas avec son club, ou qui évolue dans une deuxième division scandinave, dans le championnat slovène ou dans d’autres compétitions de faible niveau, ne devrait pas être préféré à un joueur tunisien qui enchaîne les matchs chaque semaine dans un championnat compétitif.

La priorité doit être le mérite, pas le lieu de formation.

La Tunisie ne développera jamais durablement son football si elle continue à considérer les centres de formation étrangers comme son principal vivier. Une grande nation de football se construit d’abord chez elle.

Les joueurs binationaux de très haut niveau seront toujours les bienvenus. Mais ils doivent représenter une valeur ajoutée exceptionnelle, et non devenir une solution de facilité qui masque les faiblesses structurelles du football tunisien.

La véritable réforme commence par l’investissement dans les clubs, les éducateurs, les académies et les compétitions locales. Sans cela, la Tunisie continuera à dépendre du travail de formation réalisé par les autres fédérations, au lieu de produire elle-même les générations qui feront son avenir.

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